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Actualités - Nouvelles
Écrit par Hassan Haddouche   
Lundi, 12 Juillet 2010 00:00
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L’état Algérien, épargnant avisé et mauvais gestionnaire

FINANCESComment expliquer le fossé qui se creuse entre le classement de notre pays en matière de constitution de réserves de changes voire même de réserves d’or et  ses performances dans les domaines de  la croissance économique ou du climat des affaires ? Dans le premier cas, l’Algérie figure depuis plusieurs années dans le peloton de tête des pays qui  épargnent. Dans le second, elle s’enfonce chaque année un peu plus dans les profondeurs des classements internationaux, quand elle ne fait pas carrément figure de mauvais élève.

Si on en juge par les différents rapports, études et classements publiés par les institutions financières internationales, l’Algérie est parvenue depuis une dizaine d’année à constituer d’importantes réserves qui lui permettent  de se positionner en créancier net du système financier international. Les mêmes études montrent que notre pays n’a pas été capable en revanche de transformer cette aisance financière en croissance économique et encore moins en capacité d’attraction de l’investissement privé. Grand thésaurisateur et épargnant avisé, l’État algérien apparaît également comme un piètre gestionnaire.

Des Algériens cousus d’or
Un rapport récent du Conseil mondial de l’or classe l’Algérie à la 22e place mondiale des pays détenteurs de réserves officielles en or. Avec des réserves estimées à plus de 170 tonnes en 2010, notre pays détient plus de 4% des réserves mondiales et occupe le premier rang en Afrique où il devance la Libye et même l’Afrique du Sud. Dans le monde arabe, l’Algérie n’est précédée que par l’Arabie Saoudite et le Liban qui manifestent la même inclination que notre pays pour le précieux métal. Ils ne sont d’ailleurs pas seuls dans ce cas. Les principaux pays industrialisés, États-Unis, Allemagne, France et Italie occupent la tête de ce classement et ont accumulé des stocks colossaux de la relique barbare.

Dans le “top ten” des réserves de changes
C’est en matière de constitution de réserves de changes que les classements de l’Algérie sont les plus flatteurs. Au train où vont les choses, elle pourrait même bientôt figurer dans ce domaine parmi les dix premiers pays de la planète. En 2009, les 140 milliards de dollars de réserves de notre pays lui permettent de pointer en 11e position juste derrière l’Allemagne mais devant des pays industrialisés comme la France, l’Italie et le Royaume-Uni.
C’est la Chine qui est la championne des réserves de changes avec le montant faramineux de 1800 milliards de dollars devant le Japon, la Russie et l’Inde. L’Algérie est en tête des pays africains mais aussi des pays arabes qui pour nombre d’entre eux disposent pourtant de revenus plus importants que les nôtres.  Cette situation est le résultat d’un arbitrage des autorités financières algériennes qui singularise notre pays par rapport aux autres pays arabes exportateurs de pétrole.

Réserves de changes contre  fonds souverains
La plupart de ces derniers  ont en effet opté depuis des années pour la constitution de fonds souverains pour abriter une part importante de leurs réserves financières. C’est pour cette raison qu’on les retrouve en tête des palmarès établis dans ce domaine. Le numéro un est le Fonds d’Abou Dhabi qui gère près de 900 milliards de dollars, devant un Fonds saoudien et le Government Pension Fund  norvégien qui disposent chacun de plus de 400 milliards de dollars. Les fonds  koweitiens, émiratis, libyens et qataris figurent également en tête de ce classement. Le Fonds de régulation des recettes algérien apparaît également dans ces classements internationaux où il pointe en 13e position.
La priorité donnée à la constitution de réserves de changes par l’Algérie a eu dans la période récente deux conséquences notables. Elle a tout d’abord permis à notre pays d’éviter les conséquences de la dernière crise des marchés boursiers qui a frappé durement les pays ayant constitué des fonds souverains importants.
Elle place également notre pays dans une position de partenaire à ménager par les institutions financières internationales. La “bonne santé” financière de notre pays fait ainsi régulièrement l’objet d’une appréciation élogieuse de leur part. La dernière étude du FMI sur les perspectives de l’économie mondiale ne fait pas exception à cette règle en prévoyant des excédents conséquents de la balance des paiements algériens en 2010 et 2011 et donc une poursuite de l’accumulation de réserves de changes. Une situation qui place l’Algérie en position de créancier net d’un système financier international  dont les principaux gestionnaires se félicitent des placements réalisés par notre pays en bons de Trésor des principaux pays développés confrontés aujourd’hui à d’importants déficits budgétaires.

Une croissance inférieure aux potentialités
En dépit d’une santé financière qui n’a pas cessé de se renforcer tout au long de la dernière décennie, les performances de notre pays en matière de croissance économique sont restées très décevantes. Les perspectives brossées par les récents rapports du FMI pour 2010 et 2011 s’inscrivent dans la même tendance malgré une prévision revue à la hausse et portée désormais à 4,6% pour 2010. Les projections sont moins bonnes pour l’année prochaine avec seulement 4,1% de croissance. Cette croissance sera surtout sensible en dehors du secteur des hydrocarbures. On sait que sur ce chapitre, les performances de notre pays sont cependant considérées comme en deçà de son potentiel et portées essentiellement par la dépense publique. Différents rapports du FMI ont, au cours des dernières années, souligné l’inefficacité relative des injections massives de dépenses réalisées à travers le budget de l’État dans le cadre des plans de relance qui se sont succédé depuis le début de la décennie.
Une revue des dépenses publiques réalisée par une équipe d’experts de la Banque mondiale et commandée par le gouvernement algérien lui-même avait souligné dès la fin de l’année 2007 les nombreuses défaillances qui caractérisent l’étude et l’exécution des programmes d’investissement publics. Ce rapport très approfondi attirait notamment l’attention des pouvoirs publics sur la maturation insuffisante et la mauvaise programmation de projets réalisés souvent dans l’urgence, leurs coûts généralement élevés, ainsi que l’absence de suivi et d’évaluation a posteriori des programmes.

La marginalisation persistante des opérateurs économiques privés
Pour la plupart des analystes et des opérateurs, l’économie algérienne souffre au cours des dernières années de ne “marcher que sur une seule jambe”, la marginalisation persistante des opérateurs économiques privés est la principale cause du manque de dynamisme qui continue de caractériser la croissance de notre pays.
Les évolutions observées dans ce domaine au cours des deux dernières années ne font qu’accentuer ce constat général.
La Banque mondiale publie chaque année au printemps un document devenu une référence et qui tente de faire le point pays par pays sur le climat des affaires et les conditions de l’investissement. L’édition 2010 du Doing Business ne réserve pas un traitement très favorable à l’Algérie. Sur les 186 pays dont les performances sont évaluées, notre pays est classé 136e au titre de l’indice synthétique sur les facilités accordées à l’investissement.
Il recule même à la 148e place pour la création d’entreprise et à la 135e en matière d’accès au crédit.

On note que dans tous les cas, le classement de l’Algérie est en recul par rapport à l’année 2009 alors même que les dispositions jugées généralement contraignantes de la LFC 2009 n’ont pas encore été prises en compte dans ces évaluations. Ce qui nous promet d’autres mauvaises nouvelles pour 2011.
Plus concrètement, ces travaux apportent un supplément de crédibilité aux avertissements répétés des opérateurs économiques nationaux qui ne cessent d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur la mauvaise qualité de l’environnement économique des entreprises.
Ils soulignent l’existence d’un décalage persistant entre les nombreux effets d’annonce de l’Exécutif sur la facilitation des conditions d’investissement et une situation dégradée sur le terrain qui ne connaît pas d’évolution notable ou favorable.

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