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EXPROPRIATIONS ET FERMETURES DE LOCAUX PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Nouvelles
Écrit par Tahar FATTANI - KAYENA   
Lundi, 26 Juillet 2010 00:00
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Le Tramway ruine les commerçants d’Alger

Ça sonne et ça ne répond pas chez Amar TouDes restaurateurs qui réalisaient une recette de 10 millions de centimes/jour sont au chômage alors que d’autres ont carrément changé d’activité.

Le bien-être des uns s’arrête là où commence le malheur des autres. Alors que les Algérois patientent encore pour voir le tramway sur les rails, certains n’ont que leurs yeux pour pleurer.

En attendant ses bienfaits, le tramway d’Alger cause des dégâts énormes. Rôtisseries, magasins, kiosques ou simples boutiques ont dû mettre la clé sous le paillasson à cause des travaux induits par ce projet. Le quartier de Cinq Maisons, a changé de look. Les odeurs de viandes grillées qui dilataient les narines et qui faisaient saliver et lécher les babines, ont cédé la place à des tas de déchets, gravats et de poussières provoquant des désagréments aux riverains et aux passagers. Le décor des poulets rôtis, dorés dans les rôtissoires, les brochettes et les steaks grillant sur la braise des barbecues, sont remplacés par d’imposants blocs en béton, d’interminables fils de fer et autres engins de travaux publics. Cet endroit, jadis très attractif et habituellement très fréquenté par les familles algéroises qui s’y rendaient pour partager un déjeuner ou un dîner convivial, se trouve, désormais, complètement déserté. Les 24 rôtisseries qui jalonnaient la rue principale ont baissé rideau. On n’y aperçoit plus que les travailleurs chargés de la réalisation de ce projet et les longs barreaux qui quadrillent les trottoirs. La situation empire. Les travaux sont toujours là, les dégâts aussi. Les pertes provoquées sont énormes.

De nombreux commerçants, qui ont loué des locaux pour des sommes colossales, ont fini par voir leurs investissements partir en fumée. C’est le cas de Messaoud, 41 ans, qui a loué un local pour une durée de trois ans vers la fin de 2007. Il se trouve, aujourd’hui, sans job, après avoir perdu des centaines de millions. «J’ai loué un local pour une somme de 360 millions pour une durée de trois ans. J’ai travaillé à peine une année et puis j’ai été obligé de baisser rideau, puisque les clients ont déserté l’endroit», a-t-il dit. Les pertes de ce restaurateur sont considérables. «Les recettes que j’ai faites durant une année d’exercice n’ont même pas suffi à couvrir les dépenses et autres charges tels, notamment, les impôts et les salaires des travailleurs.»
Le malheur de Messaoud ne s’arrête pas là, puisque le propriétaire refuse de lui rembourser les deux années restantes du contrat. «Quand j’ai décidé de renoncer à mon métier, je suis allé voir le propriétaire dans l’espoir de minimiser mes pertes. Malheureusement, celui-ci a été clair en me disant: la décision de continuer ou d’arrêter vous revient. Je ne suis pas prêt à partager vos pertes ni à vous rembourser...», s’est-il rappelé avec un pincement au coeur. Pas de solution. Messaoud est face à un véritable dilemme. Deux alternatives aux conséquences néfastes se présentent pour ce commerçant. «J’étais obligé soit de continuer d’investir à perte soit arrêter tout en sachant que je suis dans la faillite jusqu’au cou».

Ça sonne et ça ne répond pas chez Amar Tou

Difficile! Très difficile même, pour ne pas dire impossible, de toucher le département de Amar Tou. Voulant obtenir l’avis des responsables concernant le sujet traité, nous avons contacté l’Entreprise du métro d’Alger (EMA). Une douce voix féminine s’est excusée, en nous orientant vers le ministère des Transports. «On nous a interdit de parler à la presse. Il faut avoir une autorisation du ministère», a-t-elle indiqué. La «gentille» femme sait qu’elle nous demande l’impossible! Toutes nos tentatives de prendre attache avec les services concernés au niveau du département de Amar Tou, ont été vaines. «La majorité des responsables sont en congé, les autres ne sont pas encore là, veuillez nous rappeler l’après-midi ou demain, c’est l’heure du déjeuner...» Voici les quelques réponses qu’on nous a donné au département de Amar Tou. A cela, s’ajoutent les nombreuses tentatives où le téléphone sonnait dans le vide...Communication, dites-vous!

Espérant minimiser les dégâts, Messaoud a opté pour le moindre mal. «Fermer le restaurant, est la solution à même de m’épargner de perdre encore plus, et pour laquelle j’ai optée.» A noter que la location dans cet endroit oscille entre 80.000 DA et 120.000 DA/mois.

Mohamed, un autre propriétaire de grill-room, a connu le même sort que Messaoud. Après plusieurs années d’activité, ce dernier se retrouve au chômage depuis plus d’une année et demie. Ses pertes sont estimées à des millions de centimes. «Pour une année et demie de fermeture j’aurais perdu environ 300 millions de centimes», regrette-t-il. Les pertes comptabilisées par Mohamed sont relatives aux frais de la location ainsi que celles des recettes journalières, estimées à 9 millions de centimes/jour, qu’il aurait pu engranger durant cette période. Toute peine partagée, la douleur est allégée. Mohamed se rappelle d’un ami à lui qui exerce la même activité, mais qui a connu un sort plus dramatique que le sien. «Un ami à moi a loué pour une somme d’un milliard de centimes. Son argent est parti en fumée», s’est-t-il rappelé. Et de faire une confidence: «Mon ami a failli piquer une dépression.» Les patrons ne sont pas les seules victimes du projet du tramway. Les employés aussi, ont payé la facture. Plus de 150 emplois ont été supprimés, rien que dans cet endroit. Chaque restaurant employait 6 à 8 jeunes. «Tous les employés dans les 24 restaurants sont déclarés à la sécurité sociale. Aujourd’hui, ils se trouvent sans boulot. Je les connais bien. Toute la journée, ils se croisent les bras», a témoigné un des travailleurs «rescapés» du chômage. Outre les patrons et les employés, les propriétaires de locaux ne sont pas épargnés. Une grande plaque est accrochée au portail et sur laquelle on peut lire: «Local à louer». Hélas! Les annonces ne trouvent pas de preneurs.

Un propriétaire de 68 ans avoue qu’il lui est très difficile de louer son local. «Aujourd’hui c’est devenu presque impossible de trouver un locataire», a-t-il reconnu. Les raisons qui poussent les locataires à éviter ces lieux sont connues. «Il ne reste aucune activité à exercer dans cet endroit», répond-il. Lui, qui a l’habitude de louer son local à 80.000 DA/mois, ne trouve plus ses comptes depuis le lancement des travaux. «Même avec des prix inférieurs, les locataires fuient l’endroit», confie-t-il. Et d’ajouter: «Chaque matin j’ouvre pour aérer le local et aussi pour passer un coup de balai puis, je ferme et je rentre chez moi», dit-il encore. Une série de questions nécessitent d’être posées à la lumière de ces données et de ces témoignages.
Ces commerçants méritent-ils d’être indemnisés? L’état est-il obligé de partager les pertes des commerçants? A présent, seuls les commerçants en ont fait les frais. «Je vous assure qu’aucun commerçant n’a été indemnisé», a témoigné Mohamed.

Fermeture volontaire ou obligatoire, tous les commerçants ont subi le même sort: la faillite. Les autorités concernées avancent, plutôt, des arguments administratifs, pour la fermeture de quelques rôtisseries. Car, certains restaurateurs étaient sommés par l’administration de fermer boutique. Les raisons sont diverses. En plus du prétexte de l’hygiène, les autorités concernées exigent des agréments aux restaurateurs en vue d’une éventuelle réouverture. Loin des rôtisseries de Cinq-Maisons, celles de la rue des Fusillés, au Ruisseau, sont, aussi, passées à l’abattoir. Une trentaine de grands restaurants ont été totalement rasés. A la différence de ceux de Cinq-Maisons, les propriétaires des locaux ruinés ont été «indemnisés». Mais, les dédommagements sont loin d’être à la hauteur des locaux démolis. «On nous a donné des murs en béton à la cité Aadl de Bab Ezzouar», a confié un locataire rencontré sur place. Les locaux attribués aux locataires, en guise d’indemnisations, sont dépourvus de tout équipement. «Je vous ai dit qu’on nous a donné des murs en béton, sans peinture, sans réseaux d’électricité, d’AEP et de gaz». Se sentant lésés dans leurs droits, les malheureux commerçants veulent se constituer en association. «Nous avons entrepris des démarches pour constituer une association, mais notre demande a été refusée», confie-t-il encore. Au Ruisseau, les dégâts sont plus importants qu’à ex-Lavigerie. A vos calculatrices! Environ 300 jeunes sont au chômage, à cause de la fermeture des restaurants dits de «L’abattoir». Les recettes journalières de ces chewayine, atteignaient les 120.000 DA/jour. Les frais de location avoisinaient les 150 millions l’année pour chaque local. Outre ces deux endroits, des dizaines de commerçants des localités d’Hussein-Dey, Bordj El-Kiffan ex-Fort de l’eau, et Kahouat Chergui, ont baissé rideau. Alors que les commerçants pleurent leur mauvaise fortune, les Algérois attendent l’amélioration de leurs conditions de transport.

Une fois le tramway sur les rails, la ville embellie, le confort des voyageurs assuré, ce jour-là, les commerçants pourraient bien sécher leurs larmes...

L'Expression

 

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