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LE JARDIN D’ESSAIS D’EL-HAMMA PDF Imprimer Envoyer
Actualités - Reportage
Écrit par MOHAMED AREZKI HIMEUR   
Dimanche, 12 Septembre 2010 00:06
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Un lieu de poésie et de repos

LE JARDIN D’ESSAIS D’EL-HAMMAIl est toujours là, avec ses racines bien ancrées sous terre, ses lianes pendantes aussi solides que les amarres d’un navire. L’arbre de Tarzan constitue l’une des attractions du Jardin d’essais d’El-Hamma. Surtout pour les personnes âgées, celles des “années Tarzan”, qui ont vu des films de ce personnage de fiction créé en 1912 par le romancier américain Edgar Rice Burroughs.

Le Jardin d’essais d’El-Hamma a servi de décor naturel au tournage, en 1932, de Tarzan, l’homme singe du réalisateur américain Woodbridge Strong Van Dyke. Le personnage de ce seigneur de la jungle a été campé à l’écran, dans ce long métrage, par Johnny Weissmüller, acteur américain d’origine austro-hongroise. Tarzan, personnage de fiction connu à travers le monde, a inspiré plusieurs écrivains, réalisateurs et créateurs de bande dessinée.
Tarzan, l’homme singe a été tourné dans une partie du Jardin d’essais qu’on appelle le Jardin anglais. L’endroit garde encore aujourd’hui son aspect d’une forêt tropicale, avec ses arbres géants lancés à l’assaut du ciel. Au détour d’une allée, on tombe sur une sorte de petite île entourée d’eau. À quelques mètres de là, le fameux arbre de Tarzan recouvre de ses longues branches et de ses feuillages un petit lac ovale dans lequel barbote une demi-douzaine de canards. “Je n’ai aucune idée du personnage ni des films et bandes dessinées qui lui ont été consacrés”, dira Tahar, un jeune étudiant d’une vingtaine d’années. Tahar, enfant de Belcourt, est un habitué du Jardin d’essais d’El-Hamma. Il y vient régulièrement, généralement en compagnie d’amis du quartier ou de proches parents de passage à Alger. “C’est un endroit fantastique, agréable, très calme, qui me donne l’impression de vivre, l’espace de quelques heures, en montagne, loin des tumultes de la ville”, dit-il. C’est ici qu’il se réfugie, depuis la période où il était lycéen, pour réviser ses cours ou se détendre, après des nuits blanches passées à préparer les examens. Il n’y a pas de bon plan pour visiter le Jardin d’essais, apprécier son inégalable beauté. Un véritable joyeux implanté en plein cœur d’Alger.

On peut se balader sur la même allée toute une journée sans se lasser, relève Bélaïd, enseignant à la retraite, qui prépare, dit-il, un petit livre trilingue – français, kabyle et arabe – sur les arbres, les plantes et les herbes. Un ouvrage dédié aux écoliers, destiné à combler une des lacunes du système scolaire algérien. “Il y a des collégiens et des lycéens qui sont incapables de vous décrire ce qu’est un cerisier. Beaucoup d’étudiants n’ont jamais mis les pieds dans un musée”, ajoute-t-il.

“Voilà une bonne initiative”, lâche Bélaïd en apercevant un groupe d’enfants qui font une entraîne bruyante dans le jardin, encadrés par deux jeunes hommes. L’excursion de ces enfants est organisée et prise en charge par une association de protection de l’environnement d’un village près de Rouiba. Les enfants étaient aux anges. Ils se dirigent, d’instinct, tout droit vers le Parc zoologique, le site favori des enfants, qui fait face à l’entrée principale du Jardin d’essais. L’intérieur du zoo grouille de monde, en majorité des enfants accompagnés de leurs parents. Les bambins voltigent d’un endroit à un autre pour contempler de plus près les animaux, heureux de voir en chair et en os des lions, léopards, crocodiles, autruches, renards, vautours, alligators, gazelles, fennecs et autres animaux qu’ils n’ont vus, jusqu’ici, pour la plupart d’entre eux, qu’à travers le petit écran.

Les visiteurs  viennent de partout
Les animaux semblent faire de vieux os au Jardin d’essais d’El-Hamma. Certains ont même battu le record de longévité. C’est le cas d’Hector, le plus vieux condor de la Cordillère des Andes, mort à la fin du mois de juillet dernier. Hector faisait partie des tout premiers pensionnaires du zoo, créé par Joseph d’Ange et son épouse en 1900. Il avait à l’époque 9 ans. “C’est au microclimat du Jardin d’essais qu’Hector doit sa longévité”, écrivait en 1992 Afrique Magazine (n°88-89).
Jacqueline a vécu 99 ans et 4 mois dans ce jardin. Elle est morte en avril 1990. Cette femelle alligator du Mississipi d’Amérique du Nord est née en janvier 1891. Elle avait 11 ans lorsqu’elle avait débarqué à Alger en 1900, à l’occasion de l’inauguration du parc zoologique du Jardin d’essais d’El-Hamma. “Cet animal détient le record mondial de longévité dans son espèce”, peut-on lire sur une plaque posée près du cadavre de l’animal empaillé, entreposé dans une salle à l’entrée nord (côté mer) du jardin.
Les visiteurs viennent de partout, des régions limitrophes de Boumerdès et Blida, mais aussi d’Aïn Defla, de Tipasa, Chef, Médéa, Bouira et Tizi Ouzou. Il y a aussi, parmi eux, des étrangers et des émigrés algériens. Les uns et les autres profitent de leur séjour en Algérie pour effectuer, en compagnie de l’épouse et des enfants, une escapade au jardin.
Une fois la virée du zoo terminée, les visiteurs entament de longues promenades à travers les différentes allées du site. Le jardin ne désemplit pas. Il draine, chaque jour que Dieu fait, une foule nombreuse. L’affluence est assez importante pendant ce Ramadhan, un mois qui, généralement, ne se prête pas aux déplacements. Il est plutôt propice aux “visites” dans les marchés des fruits et légumes, à Boufarik capitale de la z’labia et Megtaâ Kheira réputé comme étant le plus grand marché de viande de dinde à ciel ouvert.
Contrairement à ce qu’on peut penser, le Jardin d’essais n’est pas déserté pendant ce mois sacré. Il accueille chaque jour des centaines de visiteurs. Certains, généralement des habitués des lieux, prennent place sur des bancs à l’ombre d’arbres géants, au moment où d’autres flânent à travers les longues allées ombragées des nolinas, des cocos, des ficus, des palmiers, des yuccas, des platanes, des bambous, des dracenas ou du côté du carré botanique et de celui des plantes utiles.
“Il y a des gens qui vivent depuis de longues années à Alger et qui n’ont jamais mis les pieds au Jardin d’essais. J’en suis un. Je vis à Alger depuis la fin des années 60 et c’est la première fois que je visite ce merveilleux site”, dira Saïd, fonctionnaire. Il était accompagné de son épouse et de deux enfants, deux charmantes petites filles émerveillées par le zoo et l’immensité du jardin. “C’est quand même assez cher l’accès au jardin (60 DA pour l’adulte et 30 DA pour l’enfant) et au zoo (mêmes tarifs). Une famille moyenne de 5 personnes doit débourser 420 DA juste pour pouvoir accéder au jardin et au zoo. À cette somme, s’ajoutent les frais de déplacements (bus ou taxi). C’est une dépense qu’on ne peut pas se permettre régulièrement. Les responsables du jardin doivent imaginer une autre formule pour rentabiliser le site et attirer plus de visiteurs”, ajoute-t-il. Il est vrai que la gestion et l’entretien du jardin et des animaux pensionnaires n’est pas une mince affaire. Cela doit coûter excessivement cher.

Réservoir d’air pur d’Alger
Le Jardin d’essais d’El-Hamma a été créé en 1832. Il renferme plusieurs espèces de faune et une flore représentant l’ensemble des continents de la planète. Il est à la fois une promenade, une pépinière, un jardin d’acclimatation et un jardin botanique.
Le site a été sérieusement endommagé, voire saccagé, durant la Seconde Guerre mondiale. Réquisitionné dès novembre 1942 par les troupes alliées qui y ont installé des ateliers de réparation de véhicules notamment, le Jardin d’essais d’El-Hamma a été durement affecté par les bombardements des forces aériennes allemandes. Sa restauration, qui a nécessité du temps et de l’argent, s’est achevée en juillet 1947. Pour rester dans l’histoire, il convient de rappeler que c’était sur l’emplacement de ce jardin que l’empereur Charles-Quint (1550-1558) échoua lamentablement quatre siècles auparavant, en 1541 précisément, dans une tentative d’occuper Alger. Son expédition a tourné au désastre.
Il avait mordu de la boue dans les marécages de ce qui deviendra plus tard le Jardin d’essais d’El-Hamma. Il avait bu la tasse sur les rivages du site, après la désintégration de sa flotte par la tempête. Une flotte, très forte, comprenant 65 galères de combat et 451 navires de transport à bord desquels se trouvaient 12 300 matelots et plus de 22 000 hommes de troupe.
Charles-Quint n’avait pas réussi dans son entreprise de mettre à genoux Alger. Ses “troupes campèrent sur la colline dominant la ville et construisirent une forteresse sur l’emplacement du Fort-l’Empereur. Mais l’échec fut complet. Charles-Quint fut vaincu et eut grande peine à regagner sa flotte. Battus d’une effroyable tempête, nombre de ses vaisseaux sombrèrent ; des milliers d’hommes périrent ou furent faits prisonniers”, peut-on lire dans le guide Alger et ses environs édité en 1923. Le “séjour colonial” de Charles-Quint a été des plus courts de toute l’histoire de colonisations. Il a duré en tout et pour tout une semaine.
Il a débarqué le 23 octobre 1541 pour réembarquer le 31 du même mois, dans une débandade indescriptible, “les débris de son armée sur les vaisseaux échappés à la tempête du 26 octobre”, selon le même guide.
“J’ai visité plusieurs fois le jardin d’El-Hamma en mars, en avril et en mai, chaque fois, je lui trouvais un charme nouveau”, écrivait en 1874 Jean-Jules Clamageran dans un livre intitulé L’Algérie : impressions de voyage.
“C’est une merveille qui n’a assurément pas sa pareille en Europe”, attestait treize années plus tard (1887) M. J. Baudel dans son ouvrage Un an Alger, excursions et souvenirs.
“Ici, dans une après-midi, soulignait M. Baudel, on peut passer sommairement en revue la flore des cinq parties du monde ; mais le Jardin d’essais n’est pas seulement un lieu d’études pour les botanistes, c’est aussi un lieu de poésie et de repos.” Il est aussi, peut-on ajouter aujourd’hui, un réservoir d’air pur de la capitale, celui qui fournit une bonne part de l’oxygène que respirent ses habitants.

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