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Cinéma. Festival de Toronto (Canada) PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Culture
Écrit par Azzedine Mabrouki   
Lundi, 12 Septembre 2011 00:00
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Quand Camus flânait à Belcourt

Cinéma. Festival de Toronto (Canada)
Quand Camus flânait à BelcourtGianni Amelio filme dans le Premier Homme les gens pauvres de Belcourt, et parmi eux un écolier nommé Albert Camus. A une autre époque, bien plus tard, il filme le retour de l’écrivain sur les traces de son enfance.

Toronto (Canada)
De note envoyé spécial


C’était l’Alger de 1957. Visiblement, la ville fascine le cinéaste italien.

C’était déjà une ville pleine de vitalité, exceptionnellement belle. C’était une ville en plein bouleversement. Un changement historique se prépare. Un nouvel air de libération est en train de voir le jour. Sans aucune arrogance, alors que sa célébrité est déjà une chose acquise en tant qu’écrivain et philosophe, Camus arpente sa ville natale avec une immense joie. Il ne craint pas les attentats, il parcourt Belcourt et La Casbah. Il est touché, heureux par les retrouvailles, surtout de retrouver sa mère dans la maison de la rue de Lyon.

A l’université, il parle avec une voix calme et amicale devant un auditoire houleux composé d’étudiants algériens et pieds-noirs. Ces derniers n’acceptent pas encore que leurs illusions soient tombées. La situation politique a déjà évolué. L’Algérie n’est plus la France. Cette année-la, François Mitterand, ministre français de la Justice, peut encore ordonner de guillotiner de jeunes Algériens innocents. Camus lui écrit afin d’essayer de sauver la vie d’un des innocents. Sans résultat. Camus refuse cette injustice, mais il pense aussi à sa mère.

Camus représenté par l’Algérie

Le Premier Homme, coproduit par l’Algérie, représente officiellement notre pays au 36e Festival de Toronto. C’est une œuvre, tournée à Alger, Oran et Mostaganem, basée sur un système artistique très fort, extrêmement brillant, voire la rigueur et la sobriété magnifiques de la mise en scène de Gianni Amelio. La beauté renversante des images des trois villes et des rivages méditerraneens, même en tant de guerre, d’attentats, de bus qui flambent avec leurs occupants. L’omniprésence sensible, chaleureuse, attachante des interprètes de ce film, Français et Algériens, et tout particulièrement Jacques Gamblin (Camus, présenté sous un autre nom), Catherine Sola (sa lumineuse mère), Denis Poladyles, de la Comédie francaise (l’instituteur bienveillant) et Ulla Bauque (la redoutable, féroce grand-mère qui a élevé Camus).

Le Premier Homme est a l’origine un roman inachevé de Camus publié en 1994, trente-quatre ans après la découverte du manuscrit sur les lieux de son accident. Dans la première partie, après les images du retour de L’écrivain à Alger, Amelio filme l’impatience de l’écolier de Belcourt de sortir de sa condition de misère. Il travaille dans une imprimerie pour rapporter un peu d’argent à sa mère. Il est brillant à l’école, son maître lui procure une bourse d’études qui va changer le cours de sa vie. Mais déjà, lors d’une banale bagarre avec un petit Algérien de sa classe, il a une brusque, soudaine révélation de ce qui passe dans son pays :
L’existence de deux camps qui s’affrontent. La misère des uns et l’arrogance des autres.

Scène émouvante

Des années plus tard, après cet incident, Camus empruntera les ruelles de la fameuse Casbah d’Alger et retrouve l’ami qui l’avait jeté par terre au milieu de sa classe. Cet ami lui demande son aide, une lettre à Mitterand pour sauver de la mort son fils condamné à mort et à ses yeux innocent. Camus est heureux d’intervenir. Paris se montre comme toujours intransigeant et le jeune Algérien, âgé de 25 ans, est guillotiné. Suit alors dans le final de cette œuvre singulière une scène d’anthologie, d’une beauté inimaginable, d’une noblesse inouïe : la veillée mortuaire filmée dans la maison de La Casbah. Un silence infini. Une profonde tristesse. C’est ce moment-là que le spectateur est définitivement transporté par la souveraine beauté de ce film qui touche le cœur et l’esprit.

 
EL WATAN 

 

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