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Mémoires et traditions citadines : le haïk célébré à La Casbah d’Alger PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Culture
Écrit par Lounis Aït Aouidia   
Jeudi, 04 Avril 2013 00:58
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Mémoires et traditions citadines : le haïk célébré à La Casbah d’AlgerEn ce cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, la médina d’Alger a tenu à renouer, par la pensée du souvenir, avec son séculaire étendard de la résistance culturelle, le haïk, symbole de lutte identitaire et de civilisation pendant la longue nuit coloniale.

C’est samedi dernier, coïncidant avec la Journée nationale de La Casbah, que le Musée des arts populaires et des traditions a connu une chaleureuse euphorie conviviale toute particulière avec une présence notable de femmes superbement drapées de leur haïk m’rama algérois dont la veuve du célèbre chanteur et moudjahid, cheik H’sissen. Celles-ci ont affectueusement entouré hadja Ouardia, la centenaire native d’El Mahroussa, fièrement voilée elle aussi, de son haïk raffiné d’époque.

L’écrivain, poète de renom, auteur d’El Qasbah Ezman et de la bouqala, Kaddour M’hamsadji, était présent à ce rendez-vous de la mémoire, avec son épouse, une enseignante de renom. Hachi Slimane, le directeur du Centre national d’anthropologie et de recherches historiques et préhistoriques faisait partie des convives, très intéressé par le thème de l’événement. Des femmes et des hommes de la communauté culturelle étaient également présents, à l’image de l’icône et doyenne de la Télévision algérienne de l’indépendance, Amina Belouizdad la talentueuse interprète de la musique andalouse, Zakia Kara-Terki, l’épouse et les filles du regretté Moh Akli, frère cadet de Hadj M’rizek et prince du tar, ainsi que le très populaire comédien, Saïd Hilmi.

En souvenir de leur père, le regretté imam Si Mohamed Soufi, de djamaâ Safir, des années 1940, l’ensemble de sa famille s’est jointe dans la joie à cette liesse collective de la pensée où figurait également le fils du grand comédien disparu, Ali Abdoun. Une mosaïque de noms évocateurs mémoriellement attachés à des lieux de culture et d’histoire dans l’enceinte de l’antique El Djazaïr. Après l’ouverture de la cérémonie par une magistrale zorna du terroir, une communication sur le haïk a succinctement été développée par l’auteur de ces lignes, qui, à l’occasion, a évoqué une anecdote du lugubre centenaire colonial au cours de l’année 1930.

Lors des festivités de cet événement de triste mémoire, un défilé militaire a été organisé au bas de La Casbah, à l’ex-rue de la Marine, devant la Grande Mosquée, où avait été dressée une gigantesque tribune pour accueillir les très nombreux invités de la métropole. Assis sur un siège à proximité des ruelles attenantes, une personnalité officielle de premier plan, venue de Paris, a remarqué une animation ininterrompue de femmes voilées de haïk.

À la question posée par lui à un fonctionnaire présent sur la nature de «l’accoutrement inconnu» et à la réponse explicative quant à la tradition algéroise du haïk, celui-ci s’exclama pathétiquement en ces termes : «Aujourd’hui la célébration de votre centenaire est un échec patent, ce voile qui est un signe farouche de résistance culturelle à la présence française est un message explicitement très fort» et d’ajouter rageusement : «Vous ne dominerez jamais ce peuple en lutte constante dans la symbolique de ce voile, qui vous nargue en rappel de l’œuvre qu’il accomplit tenacement pour la pérennisation de son identité et de ses repères culturels à dessein de l’insurrection de demain.»

C’est dans cette atmosphère d’allégresse et de ressourcement évocateur qu’un véritable récital choisi de bouqala a été déclamé par une mémoire phénoménalement prodigieuse, celle d’El hadja Ouardia, qui, dans la baraka de ses 100 ans, a fidèlement et superbement récité de merveilleuses poésies de ce fécond patrimoine d’oralité typiquement algérois. Le spécialiste de cet art raffiné, Kaddour M’hamsadji, a été séduit par la survivance de la verve des bouqalas, mélodieusement rimées par notre aïeule, ce jour-là, en extase et bien inspirée à l’évocation de La Casbah  natale, de sa douce enfance et de son cher passé.

Le célèbre palais Khedaoudj El aâmya a dans sa légende populaire, connu un après-midi d’une ambiance exceptionnellement chaleureuse au rythme d’un orchestre féminin de la star Goucem, qui, dans un répertoire de la sanaâ de la diva Fadéla Dziria, a envoûté l’assistance, à l’unisson des célèbres refrains de chansons cérémonieusement reprises en chœur, sous les salves ininterrompues de youyous de nombreuses femmes ravies et émues. Ainsi, après une danse collective traditionnelle, avec foulards, entamée par la centenaire et suivie de nombreuses femmes, la rencontre s’est clôturée par la remise de cadeaux symboliques aux deux invités d’honneur : El hadja Ouardia et E’la Ghania, la veuve de cheikh H’sissen.

Madame Amamra, directrice du musée, ravie par l’ambiance exceptionnelle du moment a pérennisé cette séquence de la pensée et du souvenir. Cette Journée nationale de La Casbah d’Alger a réuni dans le bonheur des retrouvailles, une très nombreuse assistance composée de femmes, d’hommes et surtout de jeunes très attentifs et très intéressés par la découverte du très riche patrimoine légué par leurs ancêtres, aînés et aïeux. Mémorable action initiée pour la résurrection du souvenir, de la pensée et des traditions ancestrales, qui, hélas, se perdent à travers le temps et à ce propos, nous reprendrons une citation d’un célèbre philosophe qui s’est évertué à rappeler que «Le vrai  progrès, c’est une tradition qui se prolonge».  
 
Lounis Aït Aouidia : président de l’association des Amis de la rampe Louni Arezki-Casbah

EL WATAN
  

 

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