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Rubrique - Culture
Écrit par Sabrinal - KAYENA   
Mardi, 22 Décembre 2009 01:07
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Les cafés de la Casbah

Le Café des sports, k'hahwat Tlemçani, k’hahwat Ezzerouk, le café de la Medersa, k’hahwat Malakoff... les anciens se souviennent de ces cafés populaires de la Casbah.

On y venait pour siroter un café, écouter un orchestre ou tout simplement pour papoter. Le temps a passé, balayant tout sur son passage. Les cafés d’antan ont bien changé. D’ailleurs, la plupart d’entre eux se sont reconvertis en grossistes, commerces de prêt-à-porter ou de produits cosmétiques. Des créneaux plus lucratifs. Avec Hadj Zoubir, 75 ans au compteur, mais toujours alerte, nous avons sillonné les ruelles et venelles de la Casbah, sur la trace de la mémoire de ces cafés qui nous racontent le passé du vieil Alger, au fond d’un fendjel.

Le café Malakoff

C’est par ce café mythique que débute notre virée. Des murs peinturlurés et deux accès : l’un par la rue de Bab-El-Oued, l’autre par celle du Vieux Palais, juste en dessous du palais Ahmed-Pacha. Lorsqu’on pénètre dans k'hahwat Malakoff, on a un peu l’impression de mettre les pieds dans un musée. Les murs sont tapissés de photos en noir et blanc d’artistes d’antan, nous observant sagement derrière leur cadre. El-Anka, Hadj M’nouar, Khelifa Belkacem, Abdelkrim Dali, Boudjemaâ Fergane et tant d’autres se rappellent à notre bon souvenir. Accrochés au mur, des instruments de musique dont les t'bilète (petits tambours) de Boualem Titiche. Reste à imaginer les belles soirées que ce café a abritées durant les années 50, 60 et 70.

El-Anka & CO
«Le café Malakoff était un haut lieu de la musique chaâbi. El-Anka, Hadj M’nouar, Hadj M’rizek et les grands noms de la chanson algérienne se sont produit ici même», nous révèle ammi Zoubir. C’est avec un thé à la menthe que Messaoud et son fils Boubekeur, les propriétaires de ce café légendaire, nous accueillent. «En 1996, j’ai racheté ce commerce au fils de Hadj M’hamed El-Anka», nous confie Messaoud. «Avec mon fils, nous sommes continuellement à l’affût de nouvelles photos des icônes de la chanson chaâbi. Ce café est incontournable pour tous ceux qui visitent la vieille médina. Les touristes ne sont pas en reste. Ils sont nombreux à y marquer une halte pour s’imprégner du souvenir d’El-Anka and Co.» Avec ammiZoubir, nous contemplons les photos en noir et blanc ornant les murs : le trio El-Anka, Allal El-Mouhib et Bachtarzi posant tout sourire devant l’objectif ; Hadj M’nouar et Baba Dahmane jouant du violon lors d’une fête dans un ouest eddar, El-Anka et son orchestre... Nos petites mirettes mitraillent ces reliques pour ne pas perdre une miette de ces icônes. «Regardez, me souffle ammi Zoubir, ça c’est cheïkh Bnou Zekri, le directeur de la medersa Thaâlibiya. Les chanteurs, dont El-Anka, avaient coutume de lui emmener leurs textes pour les corriger», nous apprend-il.

Café-musée

D’autres sourires jaunis par le temps s’affichent sur les murs : Mustapha El-Anka, Mohamed Gamba, Boudjemaâ Ferguène, Allilou Debbah, Mouh E’sghir Laâma, Omar Mekraza, Hadj M’rizek, Boudjemaâ El-Ankis, Mohame Gabbour dit «tailleur», Abdelkrim Dali... C’est en fredonnant des refrains de chansons chaâbi que nous quittons ce café-musée. Direction d’autres estaminets qui ont connu jadis leurs heures de gloire : le Café des sports, k’hahwat F’nardjia, le café El-djazaïr...
(A suivre)

Sabrinal

Le soir d'Algérie