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Rubrique - Culture
Écrit par Rachid Hamatou - KAYENA   
Dimanche, 27 Décembre 2009 01:04
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Le tombeau Imedghassen : une mémoire en péril

Le tombeau Imedghassen : une mémoire en périlSur la route de Constantine et à 27 km de Batna, une plaque de signalisation indiquait autrefois : Imedghassen, ruines romaines. Hélas, depuis, cette plaque n’existe plus, et elle n’a jamais été remplacée. Sur la route qui mène vers la daïra de Chemora, nous apercevons la silhouette ronde d’un grand monument qui domine la plaine, c’est le plus ancien mausolée royal de l’Afrique du Nord. Cette empreinte millénaire de notre histoire semble être condamnée aux affres, aux agressions de tous genres et à l’abandon.

L’histoire d’un roi et d’un tombeau millénaire
Sous sa forme typiquement berbère, le tombeau d’Imedghassen est une réalisation architecturale d’une forme cylindrique surmontée d’un cône formé de gradins, il fait 59 m de diamètre et 18,50 m de hauteur, ce qui le distingue énormément des bazinas (petit tombeau) qu’on rencontre en Afrique du Nord et qui ne dépassent pas un mètre de haut. Le tombeau est habillé d’une manière sobre qui rappelle la civilisation carthaginoise, avec 60 colonnes doriques surmontées d’une corniche dont la gorge est typiquement égyptienne. Côté est, un dallage forme un avant-corps en partie revêtu d’un enduit pourpre ; le lieu, et selon les spécialistes, était réservé à la pratique des cultes. L’analyse de l’architecture du monument et les datations au carbone effectuées il y a une trentaine d’années ont permis de faire remonter sa construction au début du IIIe siècle avant J.-C. L’histoire laisse quelques variations des noms, mais la consonance reste la même. Medghous, Medghis, mais Imedghassen semble être l’appellation la plus juste, car elle reflète le nom des rois et chefs massyls qui se terminent par la lettre «n» msnsn (Massinissa) ygyrthn (Jugurtha) ygmrsn (Yaghmourasen), etc. Aussi, sachant que la mise en œuvre des moyens humains et matériels, ainsi que le savoir-faire technique employé dépassent les capacités d’un individu quelconque ou d’un groupe social restreint, l’Imedghassen n’a pu être que la sépulture d’un puissant monarque, selon le spécialiste de la préhistoire, G. Camps : le repère chronologique, la situation du mausolée dans l’air de la mouvance de la dynastie amazighe des Massyles permettent d’identifier le tombeau comme étant celui d’un ancêtre du roi Massinissa.

Des travaux de rénovation abandonnés…
Or, ce tombeau se trouve dans une situation dramatique après les prétendus travaux de restauration effectués par un bureau d’études chargé de l’intervention, qui a quitté les lieux voilà plus de trois ans. Depuis, le vestige est livré à lui-même, comme il l’a toujours été depuis plus de 25 siècles, sauf que, maintenant, le mausolée est éventré, ce qui facilite la pénétration de l’eau et du coup accélérer accélérer sa décrépitude. Le mausolée berbère Imedghassen, considéré par les spécialistes comme étant l’une des premières tentatives pour l’édification d’un Etat en Afrique du Nord, fait encore parler de lui, sauf que cette fois, c’est un SOS qui est lancé. La très respectable association mondiale World Monument Watch, dans un de ses récents document et rapport classait ce monument ainsi que celui de Massinissa (la soumaâ d’El-Khroub, Constantine) parmi les cent sites les plus menacés au monde, sachant que les deux vestiges ne sont pas classés patrimoines de l’humanité, pour la simple raison qu’aucune demande n’a été formulée dans ce sens. Un constat datant de 2005 fait état que «dans le cadre d’une prise globale du monument (Imedghassen) la wilaya de Batna avait fait appel à un bureau d’études (Atelier 3 dimensions) pour lancer l’étude de sa restauration. La première phase d’intervention consistait à lancer des travaux d’urgence pour sa protection : freiner le processus de dégradation et assurer la sécurité de l’édifice et de ses alentours immédiats. La mise en place d’un escalier provisoire, le dégagement et la consolidation de l’entrée des galeries sont les principales mesures qui ont été prises. Le monument est en l’état actuel hors de danger, le gardiennage est assuré et la galerie est fermée».

Risque d’effondrement
Or, ce provisoire mis en place risque de durer. Le gardiennage n’est plus assuré, les escaliers en bois et les pellicules en plastique ont subi les affres des intempéries ; il n’y a sur place que des plaques qui indiquent des travaux, sans préciser le délai de réalisation. L’association Imedghassen (non accréditée) n’a pas attendu longtemps pour prendre attache avec des institutions universelles, entre autres l’Unesco, pour voir les possibilités de regrouper les moyens afin de sauver le tombeau. L’entreprise est louable, citoyenne, mais les moyens font terriblement défaut, seul l’Etat peut assumer un tel chantier. Un devoir de mémoire est impératif, surtout que cet ancrage historique n’est pas imprimé en timbre, ni enseigné à l’école, ni sauvegardé. Il est temps de le faire en commençant par demander son classement.

Le Soir d'Algérie
 

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