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Rubrique - Culture
Écrit par EL MOUDJAHID - KAYENA   
Dimanche, 10 Janvier 2010 00:00
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Yennayer, c’est demain : Assegass ameggaz“Que les portes du bien s’ouvrent et que les portes du mal se ferment”

La porte du Nouvel an amazigh “Tabburt u seggas” ou “Amenzu n’Yennayer” s’ouvre le 12 janvier de chaque année. Ce jour inaugure l’an 2959 du calendrier berbère dont le départ remonte à 950 avant Jésus-Christ. Les Imazighen qui célèbrent cette fête du passage au nouvel an dans la liesse et la communion ont, à l’instar d’autres civilisations dans le monde, leur propre calendrier bien ancien, basé à la fois sur les changements de saisons et les différents cycles de végétation qui déterminent les moments des travaux agricoles, ainsi que sur les positionnements des astres, comme la Lune et le Soleil.

Du point de vue historique, Yennayer remonte, selon une hypothèse fort répandue, à la victoire de Chachnaq I, fils de Namart, sur le pharaon Psoussenes II en l’an 950 avant le Christ, qui lui permit de conquérir l’Egypte où il fonda la XXIIe dynastie avec Bubastis pour capitale. Selon une croyance très ancienne, la célébration de cette manifestation est née d’un mythe : Yennayer sollicite Furar (février) pour lui prêter un jour afin de punir une vieille femme qui s’est moquée de lui. Ce jour-là, dit-on, un violent orage se leva et poursuivit la vieille femme jusqu’à l’étouffer. La mort de celle-ci symbolisera dans la mémoire collective le sort réservé à quiconque osera parodier la nature. Yennayer, qui marque l’avènement de la période séparant les deux cycles solaires, les solstices et les équinoxes, correspond également au début du calendrier agricole, ce qui explique sa célébration par des rites liés aux travaux agricoles, rythmant à ce jour la vie des paysans. Le nouvel an amazigh coïncide avec l’approche de la rupture des provisions gardées pour l’hiver, “aoula”. Il convient donc de renouveler les forces spirituelles, par l’observance des rites et des sacrifices, pour exorciser la faim et le malheur, et attirer l’abondance des récoltes et le bonheur, finalité commune d’une fête célébrée, malgré les différences de forme, dans la communion à l’est, à l’ouest, au centre et au sud du pays. “Imensi n’Yennayer” (le souper de l’année) consiste, en Kabylie comme dans d’autres régions du pays, en un couscous au poulet garni de légumes. A cette occasion, un coq est sacrifié sur le seuil de la maison pour présager une bonne récolte et évincer la malédiction, “Daâwussu”. Si les moyens le permettent, le dîner sera copieux. Ceux qui ne peuvent accomplir un tel sacrifice, dénommé “asfel”, servent de la viande séchée, “lakhli’e”, gardée pour une telle circonstance. Le repas servi, les membres de la famille se doivent de l’honorer en mangeant à satiété. C’est “lal boukham” (la maîtresse de la maison) qui invite les enfants à faire bombance, faute de quoi, les prévient-elle, la vieille de Yennayer viendra remplir leur ventre de paille et de foin. A la fin du repas, les enfants déclarent : “Necca, nerwa” (nous avons mangé et nous sommes rassasiés). En la circonstance, on n’oublie pas également d’offrir des assiettes aux proches et aux voisins “tunticht”. Même les absents ont leur part d’Imensi n’Yennayer : des cuillères symbolisant leur présence et une proportion symbolique du mets leur seront laissées par la mère dans le plat collectif, censé rassembler tous les membres de la famille.

Les jours qui suivent Amenzu n’Yennayer donnent lieu à la préparation d’autres mets, mais sans viande, à savoir “uftiyen” (soupe à base de pois chiches, blé et fèves), ingrédients symbolisant la fécondité et l’abondance des récoltes, accompagnés de “tighrifin” (crêpes) ou de beignets, “lasfendj”, ainsi que de sucreries pour avoir une année douce.
Dans certaines régions, on s’abstient de manger des aliments épicés ou amers, de peur d’augurer d’une année du même goût. D’autres rites,ayant toujours la fécondité pour fil conducteur, sont associés au bon présage de Yennayer, tel le fait de faire coïncider le mariage avec cette période propice à la fécondité, ou de donner au dernier-né sa première coupe de cheveux. Les femmes se font belles et se fardent les yeux avec de l’antimoine (tazult), alors que les filles marient leurs poupées et font la fête rogatoire de la pluie (anzar), en promenant de maison en maison une grosse cuillère en bois habillée en mariée (ghondja). Les céréales collectées à cette occasion serviront à préparer la soupe (uftiyen). Il est d’usage également de planter des lauriers roses dans les champs de culture, pour en chasser les parasites. Afin d’honorer Yennayer, on procède également au badigeonnage de l’intérieur des maisons avec de l’enduit (tumlilt), ainsi qu’au changement des trépieds de l’âtre (inyen l’kanoun).

Pour les garçons, Yennayer est une occasion de s’adonner à un sport favori appelé “takladjet”. Il s’agit d’une sorte de hockey sur gazon. Le calendrier berbère, d’essence agraire et comptant une avance de 950 ans sur le calendrier universel, est une transcription en symboles des cycles et périodes agricoles, avec des noms désignant ce qu’il faut dire et faire à des moments recommandés pour l’accomplissement de chaque tâche et ce, toujours dans un souci d’une meilleure réussite. Ainsi, pour inaugurer les labours “Adhref”, célébrer un mariage ou ourdir un métier à tisser, le moment choisi est la lune croissante : pendant ce temps, les épis seront nombreux dans le sillon, serrés comme l’est la laine sur le métier à tisser. Le tissage égal, le mariage conclu sera heureux et fécond.
Au-delà du cérémonial et pour que le mythe devienne réalité, il est à souhaiter que Yennayer soit un déclic pour un retour à la terre nourricière, car c’est là le message fondamental de la célébration de cette fête.
Que les portes du bien s’ouvrent et que les portes du mal se ferment ! Aseggas Ameggaz ! Bonne     année !

Yennayer célébré dans la joie à Bordj Bou-Arréridj
Le coup d’envoi des festivités célébrant  Yennayer, le nouvel an Amazigh, a été donné, hier, après-midi au centre culturel  Aïcha-Haddad de Bordj Bou-Arreridj aux rythmes joyeux de la musique folklorique et devant un public très nombreux.         
Le secrétaire général du Haut commissariat à l’Amazighité (HCA), M.Youcef  Merahi, après avoir inauguré, en compagnie des autorités locales, une exposition  dédiée aux arts traditionnels, a souligné que cet "événement identitaire de  l'histoire et de la culture amazighes est désormais célébré officiellement et  sera fêté chaque année dans une région du pays ".         
Il a relevé le "riche patrimoine linguistique et culturel de notre pays,  fruit de la diversité culturelle de nos régions" et exprimé le souhait de voir  Yennayer "consacré journée chômée et payée pour l'ensemble des Algériens, au  même titre que les autres dates historiques et religieuses de notre nation".         
M. Merahi a rappelé que Tamazight est "une langue officielle en harmonie  avec la langue arabe", avant d’exprimer sa "gratitude" au président de la  République, M. Abdelaziz Bouteflika, pour "ses efforts dans le développement  de la langue amazighe et pour les autres cultures".         
Tout au long des activités prévues en célébration de Yennayer, au pied  de la chaîne des Bibans, le public pourra admirer toute une série d’expositions  dédiées à l’artisanat traditionnels (poterie, vannerie, broderie) et aux arts  plastiques avec la participation, entre autres, d’artistes comme Noureddine  Hamouche, et sa collection "Mémoire du passé", Abdeslam Amraoui et son "Monde  berbère : signes et significations et Ahmed Bilek (La Kabylie, villages et  paysages) ainsi que des caricatures thématiques signées Abdelkrim Ghezaïli. 

Un mini-salon du livre amazigh se tient également en marge de cette  manifestation, tandis que de nombreuses associations, venues de plusieurs régions  du pays, y compris du Sud du pays (Adrar, Timimoun, Illizi) exposent un aperçu  des arts culinaires Chaoui, Oranais, Tlemcenéen, de la vallée du M’zab et de  la Kabylie profonde.         
Durant trois jours, des soirées artistiques seront animées par une pléiade  d’artistes comme Slimane Chabi, Mohand Ouali Kezzar, Djamel Kaloun, Amar Azghal  et les troupes musicales Izenzaren et Itrane.          
Des conférences et des tables rondes seront également animées, dimanche  soir et lundi, autour de thèmes liés à l'Histoire Amazighe et à la tradition  de Yennayer, par M.M. Hamid Bilek, responsable au niveau du HCA, Meziane Ouchem,  universitaire de la wilaya de Bordj Bou Arreridj et Salah Bendaoud, universitaire  de la wilaya de Tipaza.         
Les artistes peintres réaliseront, pour leur part, lundi, une fresque  murale collective, tandis que sera donnée, mardi, une pièce de théâtre intitulée  "le foehn", adaptée d’un texte de Mouloud Memmeri par le théâtre régional  de Bejaia, sur une mise en scène de Djamel Abdelli.

EL MOUDJAHID