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M. Latif Ladid (président du Forum mondial de l’IPV6) PDF Imprimer Envoyer
Rubrique - Multimedia
Écrit par Zoheir Meziane - KAYENA   
Lundi, 05 Avril 2010 00:00
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« Le nouvel adressage de l’internet renforcera la connectivité en Algérie »

LATIF LADIDL’annonce faite le week-end dernier, par les experts mondiaux, à l’occasion de la tenue de la conférence internationale de l’IPV6, annonçant que d’ici 2011, les Algériens ne pourront plus trouver d’adresses internet, suscite des interrogations auprès du citoyen et des administrations. « L’IPV6 est un challenge que l’Algérie devra relever pour ne pas rester en marge de la révolution, en cours, d’internet et tirer parti des nombreuses perspectives offertes par cette technologie, telles que la taille de l’espace d’adressage disponible, la minimisation des réglages par les utilisateurs et sa compatibilité avec mobilité et l’apparition d’applications internet innovantes », a déclaré pour sa part le ministre de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, M. Hamid Bessalah. Dans un souci d’éclairer l’opinion publique sur ce sujet, El Moudjahid s’est rapproché du président du Forum Mondial de l’IPV6, M. Latif Ladid, en visite en Algérie, qui a bien voulu répondre à nos questions.

L’évolution vers l’IPV6 nécessitant du temps et des moyens. Que va-t-il se passer dans le cas où l’Algérie n’accédera pas au nouveau système d’adressage de l’internet appelé communément IPV6 (Internet Protocole Version 6) ?
Ce n’est pas une question d’accès à IPV6 mais plutôt une question d’adoption et de déploiement. Si votre question se réfère à la non-adoption d’IPV6, ma réponse est tout à fait différente. Il faut savoir que  le nombre d’adresses « IP » disponibles fond comme neige au soleil, le protocole de connexion en usage depuis 1981, IPV4 n’étant capable de fournir que 2 à la puissance de 32 adresses, soit quelque 4,3 milliards. Au vu de cette difficulté, des chercheurs travaillent depuis le milieu des années 1990 à l’élaboration du protocole IP Next Génération ou IPV6, cette technologie permettant l’attribution de 2 à la puissance de 128 adresses, un nombre pratiquement illimité de 340 milliard d’adresses ou 56,9 milliards d’adresses par gramme de matière sur terre. Le goulot d’étranglement approche, à toute vitesse, au fur et à mesure, qu’ordinateurs, engins électroniques, et que réseaux pullulent et que de plus en plus d’utilisateurs sont connectés à l’Internet. Cependant les jours d’IPV4 sont comptés, car il ne reste plus que 8% de ces adresses si précieuses, soit quelque 350 M qui seront épuisés,  pour la  plupart vers fin 2011. Plus d’adresses cela veut dire, aucun nouveau serveur ou  routeur ne pourrait être connecté  à l’Internet. Donc aucun nouveau service ne sera ajouté au réseau Internet. Cela signifie l’arrêt brutal de la croissance de l’Internet et la fin de cette belle aventure pour tous les autres qui ne sont pas encore connectés à l’Internet, surtout les pays en voie de développement. Cependant, l’Internet continuera à marcher pour ceux qui sont déjà dedans, mais c’est le début de la fracture digitale pour tous. L’Algérie, n’ayant que 1,3 million d’adresses IP connectant seulement 4,1 millions d’internautes avec une pénétration de 12%, est parmi les moins dotées de cette ressource critique. Donc, l’adoption d’IPV6 est inéluctable pour l’Algérie afin de maintenir la croissance de l’Internet et de subvenir aux nouveaux besoins de connectivité.

Si vous considérez que l’adoption d’IPV6 est inéluctable, quels   sont, dans ce cas, les changements qu’il apportera à notre pays, notamment sur le plan social et économique ?
D’abord, la connectivité à l’Internet va tendre vers la mobilité en s’appuyant sur les réseaux de la téléphonie mobile qui va énormément compenser le retard pris dans la connexion à l’Internet par les réseaux fixes. Les statistiques affichées pour la pénétration de l’Internet doivent prendre en compte le nombre d’appareils mobiles qui peuvent traiter les courriers et le web dans les réseaux mobiles. En   Chine, par exemple, 600 millions de personnes possèdent un téléphone portable, alors que 320 millions sont abonnés à l’Internet, ce qui place ce pays au rang de la plus grande nation d’Internet dans le monde. Pour connecter tous ces appareils, il faut un large nombre d’adresses. L’effet économique en Chine est indéniable et ce ne serait autrement en Algérie.    

La mobilité, une valeur ajoutée comme vous le signalez, ne va-t-elle pas compliquer davantage la sécurisation des informations, notamment avec cet incroyable saut quantitatif en matière de dotation d’adresses internet?
La sécurité fonctionne mieux avec le premier modèle Internet des années 80 s’appelant le modèle du “ Bout en Bout ”, c'est-à-dire qu’une adresse globale est connectée  directement à une autre adresse globale sans intermédiaire. Les identifiants servent de point de départ pour établir une liaison que l’on peut sécuriser avec des paramètres de sécurité. L’Internet aujourd’hui, c’est un peu comme une ville où les citoyens changent de domicile tous les jours. On ne sait pas trop bien qui contrôle quoi là-dedans, ce qui rend d’ailleurs tellement difficile l’élaboration de lois pour réguler l’Internet. Avec IPV6, chacun aura droit à plusieurs adresses IPV6 personnelles et tous les appareils en votre possession   auront chacun une adresse unique et permanente. Cela rendra possible une communication directe entre les différents appareils, sans devoir passer par des boîtes de traductions d’adresses. Ceci rendrait une communication de bout en bout plus facile entre tous les appareils permettant la définition d’un accès sécurisé à distance avec mobilité pour effectuer plusieurs services qui seraient très coûteux et difficiles à réaliser avec IPV4. En plus l’adresse IPV6 personnelle, unique, vu sa taille, serait très difficilement « hackable ». Si actuellement, la communication entre deux appareils passe obligatoirement par des boîtes de traduction, demain on passera vers la communication directe entre les appareils qui auront de plus en plus la possibilité de transmettre des données directement et sur n’importe quel accès, tel que le 3G/4G et autres technologies sans fil. Vers un monde « always-on », en quelque sorte, dans lequel l’individu doit bien sûr décider lui-même du degré d’ouverture des informations qui le concernent. Internet serait plus démocratique, plus sûr et sans doute moins coûteux et des économies d’échelle pourront se dégager dans d’autres secteurs aussi. Imaginez l’interconnexion de tous les éléments dans une unité de climatisation, de chauffage, d’électricité et les économies découlant d’une concertation optimale et immédiate entre ces éléments. La résistance contre IPV6 se maintient pour diverses raisons, mais elle ne fera pas long feu à mon avis. Si les Etats-Unis ont un peu ralenti dans leur évolution vers IPV6 au cours des   huit dernières  années, l’Europe a progressé, mais ce sont surtout le Japon et la Chine qui mènent la danse.

Entretien réalisé par : Zoheir Meziane

EL MOUDJAHID
 

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